La 214
Lundi.
Il est parti dimanche, le sac noir sur l’épaule. Lyon, une semaine ou plus. Avant de partir, il a signé mon carnet sans le lire. Le chat se frotte à mes chevilles jusqu’à ce que sa gamelle soit pleine. Au lycée, on a empilé les chaises de la 214 contre la grille. Je m’assois sur celle qui grince. Pour une fois, j’en ai une.
« Tout va bien ? »
Un pouce.
Mardi.
Les feuilles des platanes collent aux semelles. Le drone tourne au-dessus de la cour. Je mange un pain au chocolat. Le dimanche, il en rapporte deux et me donne la moitié du sien. Il dit que je tiens ça d’elle.
En rentrant, je trouve le chat dans le carré de soleil du couloir. Il a suivi la lumière toute la journée.
« Tout va bien ? »
Rien.
Jeudi.
Le gaz, ce n’est pas d’abord une odeur. C’est la gorge. Puis les yeux. Une fille que je ne connais pas me renverse la tête, m’ouvre les paupières et verse du sérum. Respire. Respire. Ils emmènent le garçon du fond de la 214.
Sur le trottoir, les feuilles des platanes piquent encore les yeux.
Le soir, mon sweat sent le poivre. Le chat le renifle et va dormir ailleurs.
« Tout va bien. »
Un pouce. Une heure du matin.
Samedi.
Le sac ouvert dans l’entrée, le même poivre. Le chat en fait le tour sans s’approcher. Lui dort sur le canapé, en chaussettes. Son téléphone s’allume sur le carrelage : « Car 2. Départ lundi 5h. » Dans la poche du sac, une barrette de dosettes de sérum. Il en manque trois.
Je me demande si quelqu’un lui a tenu la tête.