Regarder le réel jusqu'à ce qu'il avoue. Imaginer ce qui vient après.
Un homme, au sud du Liban, rebouche un mur qui sera peut-être détruit demain. On lui demande pourquoi. Il sourit. C’est ce geste qui m’intéresse : l’obstination de tenir quand rien ne le justifie.
Je suis travailleur humanitaire. Les crises où je déploie ne cachent rien : la violence à découvert, et la compromission qui vient avec. En rentrant, j’en retrouve l’autre face, plus discrète : le désir qu’on fabrique pour nous, le contrôle qui s’installe sans bruit. Deux visages d’un même système. Je n’y échappe pas.
Il tient par la force, par l’intérêt, et par des récits qu’on a fini par prendre pour l’ordre des choses. Certains servent ceux qui en profitent. D’autres nous évitent de regarder ce que nous savons : nous allons mourir, aucun sens ne nous est donné d’avance. Qu’en faire, ailleurs qu’entre la lucidité et le déni ? C’est la question qui porte tout ce que je fais.
Je n’écris pas contre les systèmes, mais contre l’évidence : qu’une économie doive croître sans fin, ou que chacun ait, au fond, ce qu’il mérite. Je ne prétends pas défaire ces récits ; je cherche à faire sentir autrement ce qu’ils font paraître naturel. Deux gestes traversent ce travail. Le Scalpel ouvre les mécanismes, pour qu’on sente l’idée dans le corps avant de la comprendre. Le Terreau s’attarde sur ce qui persiste : un geste transmis, une présence qu’on ne remarque plus.
theweave.art est le lieu de cette recherche. Les visuels d’À l’œil nu traduisent les données du monde en images. Les nouvelles de Contre-jour explorent ce que l’analyse seule n’atteint pas. Les Poussières captent l’instant : micro-fictions, éclats, réflexions à vif.
Tout part d’une matière accumulée depuis vingt-cinq ans : lectures, ébauches, haïkus, dessins, et le terrain. J’en ai fait une mémoire vive, et de cette mémoire une partition. Un système que j’ai façonné pour écrire avec la machine, arrivée en 2024. Elle joue sous mes contraintes ; je reprends ses jets jusqu’à ce que le texte trouve son grain. Les images suivent le même chemin. Ce que je signe, c’est la composition : la façon dont textes et images se répondent, en constellations.
Je sais ce que coûte cet outil, entraîné sur des œuvres prises sans accord ; en retour, je verse une part de ce que je produis au commun, en libre accès.
Ce qui grince et ce qui germe, dans le même geste. Des utopies incarnées, imparfaites, têtues. Celles qu’on ne voit pas quand on ne regarde que l’effondrement.
Soyez les bienvenus, pour flâner ou vous attarder. Si quelque chose vous retient, tant mieux. Si quelque chose vous dérange, encore mieux.
Parutions
- « La Mue », nouvelle, Marginales n° 314, Edern Éditions, 2026
- « Les Jardinières de l’oubli », nouvelle, in Trous de mémoire (recueil collectif), Hélice Hélas Éditeur, 2026
- « Mâcher », nouvelle, Dissonances n° 51, 2026
- « Coutures vives », nouvelle, L’Ampoule n° 19, éditions de l’Abat-Jour, 2026
- « Tête droite », phototexte (en collaboration avec Nicolas Dietrich), Pourtant n° 11, 2026
- « Le Son des mains », nouvelle, Galaxies n° 95, 2026